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Abou Bamba : « Nous devons créer les conditions d’un engagement fort et durable »

Abou Bamba, Président du Comité d'organisation de la COP15 ©DR

Pour leur première venue en Afrique, les près de 7 000 participants inscrits à la 15e conférence des Parties (COP15) contre la désertification d’Abidjan (tenue du 9 au 20 mai) ont rappelé l’urgence de répondre aux multiples défis associés aux sécheresses et à la dégradation des terres. Une situation qui selon un rapport de l’ONU, publié le 11 mai, concernerait 40 % des terres émergées et affecterait d’ores et déjà près de la moitié de l’humanité. Les motifs d’espoir existent pourtant, comme le souligne le président du Comité d’organisation de la COP15, Abou Bamba, dans cet entretien accordé à Forbes Afrique.

Propos recueillis par Jérémie Suchard

Forbes Afrique : Moins médiatisée que la COP sur le climat, la 15e Conférence des parties (COP) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification n’en a pas moins abordé des questions tout aussi importantes à l’échelle planétaire. Pourriez-vous nous dresser un bref état des lieux ?

Abou Bamba : Il y a assurément urgence en la matière, notamment en Afrique. En Côte d’Ivoire par exemple, plus de 92 % des forêts primaires du pays ont disparu en soixante ans tandis que la dégradation des sols au sens large touche 70 % du territoire national. Plus largement, cette dynamique s’observe un peu partout sur le continent. Il faut par ailleurs inclure dans ce tableau la question de l’érosion côtière, liée notamment à la pression démographique, à l’urbanisation et bien entendu, au réchauffement climatique. Sans parler de difficultés plus conjoncturelles telles que la guerre en Ukraine qui perturbe l’approvisionnement agricole de nombre de pays africains. Autant de variables qui ont des conséquences néfastes sur les populations du continent et d’ailleurs, et qui rappellent l’absolue nécessité de tout mettre en œuvre dans notre lutte contre la désertification.

Forbes Afrique : Sur ce dernier point, en quoi un événement tel que la COP15 pourrait-il faire infléchir la situation que vous venez de brosser ? 

Abou Bamba : En créant les conditions d’un engagement politique fort et durable. On ne pourra avancer qu’en ayant plus de coordination, plus d’intégration entre parties prenantes. C’est par exemple ce qui a manqué à certaines initiatives telles que la Grande Muraille verte, projet visant à restaurer des millions d’hectares de terres arides dans la bande sahélienne allant du Sénégal à Djibouti, et dont le bilan est précisément mitigé pour ces raisons.  Pour notre part, au niveau de la COP15, nous avons cherché à avoir le plus large consensus possible sur un sujet qui nous semblait crucial, la place des femmes et des jeunes dans cette lutte contre la désertification. Nous avons notamment mis en place un caucus consacré aux femmes afin que celles-ci aient leur mot à dire dans ce combat où elles sont souvent les premières victimes. Notamment en milieu rural. Idem pour les jeunes, qui doivent être partie prenante des solutions à déployer, en particulier sur le volet emploi.

Par ailleurs, la solution passera par plus de partenariats entre acteurs publics et privés. En Afrique, nous avons par exemple des États pauvres qui côtoient des multinationales riches, celles-ci tirant une part conséquente de leurs revenus des matières premières – notamment agricoles – extraites du continent. Il faut trouver ici la juste mesure entre le soutien à l’activité économique et la nécessité de mettre en place une économie durable et respectueuse de l’environnement. Le dialogue et la recherche permanente du compromis sont donc plus que jamais de mise.   

Forbes Afrique : Un dernier mot de prospective. Plusieurs annonces ont été faites au cours de cette COP15, la principale étant centrée sur l’Abidjan Legacy Program ou initiative d’Abidjan. Pourriez-vous préciser ce qu’impliquera concrètement ce projet au cours des prochaines années ?   

Abou Bamba : L’initiative d’Abidjan acte un ambitieux programme d’investissement dans l’agriculture durable ivoirienne. Pour donner un ordre de grandeur, c’est l’équivalent de 5 milliards de dollars que les autorités du pays souhaitent investir dans la filière à l’horizon 2032, c’est-à-dire au cours de la prochaine décennie. En ce sens, cette initiative doit être vue comme une réponse globale visant à relancer le secteur agricole dans une nouvelle dynamique vertueuse d’augmentation des productions agricoles et de création d’emplois et de revenus – notamment pour les femmes et les jeunes – et ce tout en trouvant le juste compromis entre les impératifs économiques et la nécessité de préserver de manière pérenne l’environnement.


COP15, le bilan

Tenue du 9 au 20 mai à Abidjan et réunissant 197 pays autour du thème « Terre. Vie. Héritage : de la rareté à la prospérité », la 15e Conférence des parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification a adopté plusieurs décisions d’importance. Parmi celles-ci, figure notamment « l’accélération de la restauration d’un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici à 2030 », le renforcement « de la résilience face à la sécheresse en identifiant l’expansion des zones arides » et l’amélioration de « l’implication des femmes dans la gestion des terres ». De fait, un accent particulier a été mis sur la question du genre, qui a fait l’objet d’une session entière et d’une déclaration politique commune. Autre avancée, la prise en compte de la question foncière, notamment dans la zone sahélienne. Tout au long de la COP15, il a ainsi été régulièrement rappelé que le déploiement d’un régime foncier pérenne était une nécessité pour lutter contre la dégradation des terres et éviter toute survenance de conflits.

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