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Conflit Ukraine-Russie : les gagnants et les perdants en Afrique

Drapeau Ukrainen ©️ DR

Déclenchée le 24 février, l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes pourrait durablement rebattre les cartes de l’échiquier géoéconomique mondial, notamment en Afrique. Analyse.

À rebours des premières réactions diplomatiques venues du continent- pour l’heure, éparses et mesurées-, les conséquences économiques du conflit n’ont pas tardé à se manifester avec l’envolée des cours de certaines matières premières telles que le pétrole, le gaz et les céréales (blé, orge, maïs…). Dans un contexte déjà anxiogène et inflationniste, les marchés ont ainsi propulsé- dès l’annonce du début de l’offensive russe en Ukraine- le prix du baril de pétrole au-delà des 100 dollars. Un niveau qui n’avait plus été vu depuis 2014. Les cours du blé et du gaz livrés au port de Rotterdam (Pays-Bas) ont quant à eux respectivement bondi de 50 et 120 % depuis le début de l’année. Du jamais-vu en un laps de temps aussi court. Pessimistes, les équipes de la banque Barclays, estiment pour leur part que cette spirale haussière des cours pourrait persister « en l’absence d’une désescalade rapide des tensions ».

Des producteurs d’hydrocarbures à la fête

En attendant, l’impact du conflit se fait d’ores et déjà sentir au niveau des pays africains. Avec, comme toujours, son lot de gagnants et de perdants. Côté pile, les pays africains producteurs d’hydrocarbures (Nigeria, Algérie, Angola, Libye, Gabon, Guinée Equatoriale, Mozambique…) devraient profiter à plein de la hausse des cours pour améliorer substantiellement leurs finances publiques, éprouvées comme ailleurs par la crise économique née du Covid-19. Opportuniste, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a fort habilement rappelé à ses partenaires européens, dès le 24 février, que son pays était en mesure « de respecter ses engagements en matière d’approvisionnement en hydrocarbures, notamment le gaz naturel ». Plus largement, la défiance accrue des chancelleries occidentales à l’égard de la Russie devrait faire les affaires des « autres » fournisseurs d’hydrocarbures, notamment les pays exportateurs africains, pronostiquent les analystes de Barclays. Moins prononcée, la dynamique des cours est aussi orientée à la hausse sur les minerais, la très bonne tenue de la bauxite- dont la Guinée est l’un des premiers exportateurs mondiaux- et de l’or- valeur refuge par excellence et produite en quantité sur le continent par des pays tels que le Ghana, le Soudan, l’Afrique du Sud et le Mali- se distinguant en particulier sur ce segment.

Le spectre des émeutes de la faim

Côté face en revanche, l’invasion de l’Ukraine par la Russie devrait de facto fragiliser la majeure partie des pays du continent, qui dépendent fortement des deux pays d’Europe de l’Est pour leur approvisionnement en céréales, notamment en blé (combinés, les deux nations fournissent plus d’un tiers des exportations mondiales). Pour le seul mois de février, la tonne de blé a ainsi vu son cours croître de près de 25 %, à plus de 300 euros, conséquence directe de la fermeture des ports ukrainiens et d’un commerce russe désormais (presque) à l’arrêt. Première région importatrice de blé dans le monde, l’Afrique du Nord devrait être particulièrement touchée par cette envolée des prix, à commencer par l’Égypte, qui passe chaque année commande de près de 14 millions de tonnes pour nourrir ses 103 millions d’habitants. D’ores et déjà, le premier ministre Moustafa Kemal Madbouli s’est résigné à annoncer en une hausse du prix du pain- inchangé depuis 1988- après que son gouvernement ait réduit, en août 2021, le poids de la galette subventionnée. La situation sera probablement tout aussi compliquée en Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Libye, où toute hausse sensible du prix du pain -très consommé dans la région- mais aussi des pâtes et de la semoule, pourrait raviver le spectre des « émeutes de la faim » de 2008.

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