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Depuis le sommet UA-UE de février dernier, l’Union européenne cherche à redynamiser sa relation économique avec le continent.

Pierre Gattaz, président de BusinessEurope ©DR

Pour comprendre les enjeux liés à cette nouvelle donne, Forbes Afrique s’est tourné vers Pierre Gattaz, le président sortant de BusinessEurope – le patronat européen –  qui livre son analyse dans cet entretien.

Par Szymon Jagiello

Forbes Afrique : Dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, le président Emmanuel Macron a appelé à refonder en profondeur la relation eurafricaine, en proposant un « New Deal ». En quoi consiste concrètement cette nouvelle approche ?

Pierre Gattaz: Cette idée de « New Deal » est bonne dans la mesure où il est temps de travailler plus en profondeur avec l’Afrique. Nous partageons avec le continent des siècles d’histoire commune et cette proximité doit déboucher sur une collaboration équilibrée et gagnante-gagnante pour chaque partie prenante. C’est le moment d’arrimer plus l’Europe à l’Afrique autour des atouts de ce dernier, comme les matières premières, voire les compétences et la créativité des jeunes qui répondent aux besoins du continent africain. Ce sont là des points où les acteurs du Vieux Continent peuvent accompagner cette émergence d’activité centrée sur un modèle de co-développement respectueux et fonctionnant dans la durée et sur la confiance. Un facteur qui représente, pour citer l’ancien ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, « 50% de la croissance » dans les relations économiques entre les pays.

Forbes Afrique : L’UE a depuis proposé à l’Afrique de participer à son « Global Gateway », un programme d’investissements dans des projets d’infrastructures à travers le monde. Que pensez-vous de cette initiative ?

Pierre Gattaz : Je pense qu’elle représente un très bon début et nous avons pour notre part accueilli la nouvelle positivement au sein de Business Europe. Plus de 150 milliards d’euros seront mobilisés d’ici 2027 à cet effet. Un effort qui portera sur 7 domaines prioritaires – le digital, le climat, l’énergie, le transport, la santé, la recherche et l’éducation – dans lesquels les entreprises européennes ont de vrais atouts à faire valoir. Évidemment, l’initiative ne constitue qu’un des instruments de la politique africaine de l’UE. À ce titre, celle-ci devra s’accompagner du développement d’un climat des affaires favorable sur le continent, qui se manifeste du reste déjà depuis quelques années.

Forbes Afrique : Ce nouveau projet européen répond-il aux attentes africaines ?

Pierre Gattaz : Je crois que les institutions européennes doivent impliquer davantage les partenaires africains dans la détermination des priorités et des besoins régionaux et nationaux, qui varient d’un pays à l’autre. Pour être certain que les projets issus du « Global Gateway » réussissent, ils ne doivent pas uniquement être portés par des technocrates de Bruxelles, comme cela arrive parfois. Ces projets doivent totalement s’arrimer aux besoins des partenaires issus du la rive Sud de la Méditerranée. Selon moi, ce sera l’une des conditions du succès du « Global Gateway ».

Forbes Afrique : En tant que chef d’entreprise[1], comment voyez-vous l’implication du secteur privé dans cette relation commerciale entre l’Afrique et l’Europe ?

Pierre Gattaz : Le secteur privé représente en moyenne 60% du Produit intérieur brut (PIB), 80% des flux de capitaux et 90% des emplois dans les pays en développement. Ces acteurs  contribuent donc de manière évidente à l’émergence économique des pays concernés. Reste à améliorer certaines variables telles que le risque perçu, qu’il faut encore améliorer en Afrique. Je pense qu’il y a des pays qui maitrisent parfaitement leur environnement sécuritaire, laquelle représente une barrière importante. Pour aborder ce problème, j’estime que l’Union européenne (UE) doit utiliser plus de son financement pour mobiliser les investissements du secteur privé à travers la mutualisation des risques pour les entreprises. À ce titre, nous avons salué, au sein de mon organisation, les mesures prises par les institutions européennes pour simplifier les instruments financiers extérieurs. Mettre de l’argent sur la table est une chose. Encore faut-il faciliter l’accès à cette manne financière, qui doit être transparente et facile à utiliser afin que les sociétés de toute taille puissent en profiter.

Forbes Afrique : Cette question financière est-elle la seule qui permettra de donner un coup d’accélérateur à la relation économique euro-africaine ?

Pierre Gattaz : Non, on pourrait bien évidemment aborder de nombreux autres points. À cet égard, la mise sur pied d’un « Business Advisory Group » dans le cadre de l’initiative « Global Gateway » me semble l’un des aspects les plus importants. Ce conseil d’entreprises, qui sera un organe consultatif, contribuera notamment à déterminer les priorités stratégiques vis-à-vis de l’Afrique, évitant ainsi que la technostructure européenne ne prenne trop la main sur ce sujet. In fine, cela permettra de mieux cerner les besoins réels des marchés locaux.


[1]Pierre Gattaz est président du Directoire de Radiall, une entreprisespécialisée dans la conception et la fabrication de composants électroniques d’interconnexion.

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